MaOdiLeo

Avoir des enfants m'a changée profondément. Ou peut-être qu'Odile et Léonard ont permis que je me découvre un peu, moi qui m'ignorais tant. Ils sont tous les deux immensément beaux et je n'en reviens pas.

dimanche, décembre 10, 2006

Jouer ou ne pas jouer. That is the question.

Tantôt, comme dirait Léonard, Odile a fait un spectacle de Noël dans le salon. Son personnage, une grande fille du nom de Julie, lisait à son bureau et dormait. Il faut que des choses se passent, ai-je suggéré à Odile, pour que le spectateur sache que la pièce est commencée et qu'il soit intéressé. Pendant que son personnage se remettait à dormir dans une autre pièce (la seule spectatrice en a profité pour plier un peu de linge propre), Léonard s'est mis à jouer à son tour. Un tout autre style de théâtre. En cinq minutes, il a personnifié un acrobate, une pelle mécanique, un rouleau-compresseur, le Père Noël, un clown, un marteau-piqueur, une machine qui pousse des choses, quelqu'un qui apporte un cadeau dans le rêve de la Julie endormie (Odile dans l'autre pièce). Ai-je assisté à la naissance d'un grand acteur de la commedia del'arte ? Et Odile serait-elle la personnification de l'hyperréalisme au théâtre, voire de l'art performance ? Toujours est-il que Léonard a fini par se mettre au diapason de la très lente courbe dramatique de sa soeur actrice et s'est couché sur le divan en se nommant le "Grand Garçon". Les deux perseonnages se sont par la suite retrouvés au fameux marché de Noël, Odile-Julie toute habillée (réalisme oblige) et Léonard-Grand Garçon en espadrilles plutôt que pieds nus (il veut bien jouer réel, mais jusqu'à un certain point seulement) où ils ont mangé des scones aux canneberges ensemble, bien qu'Odile ait payé sa part avec de la vraie monnaie à un vendeur invisible tandis que Léonard payait avec un sous invisible à la spectatrice réelle. Finalement, Odile a déclaré, à travers le quatrième mur, qu'elle en avait assez du théâtre, qu'elle voulait revenir à la réalité. Elle s'est alors remise à jouer au marché de Noël, apportant des bijoux et des livres à sa mère ex-spectatrice devenue actrice, faisant réellement semblant, si une telle chose est possible.
(Un épisode de Twilight Zone, version années '70. Ou un sujet de dissertation où les étudiants en théâtre lèvent les yeux au ciel et maudissent leur professeur de théorie du jeu. Différences entre le jeu au théâtre et le jeu enfantin. Développez. )